Pierre Matraja
Collège
Sausset-les-pins
 

M. Lazare Ponticelli...

vendredi 21 décembre 2018, par Adminprof

Le Jeudi 13 Décembre 2018 après-midi, Mme Mireille Corte, petite fille de M. Lazare Ponticelli, est venue au Collège Pierre Matraja en présence de Mme Valérie Guarino, conseillère départementale des Bouches-du-Rhône et de M. Martel, principal de l’établissement. En cette année de célébration du centenaire de l’armistice du 11 Novembre 1918, elle a lu un magnifique texte émouvant écrit avec son cœur pour raconter à soixante élèves de troisième la vie passionnante de son grand-père, en évoquant les exploits et le courage de ce héros national. Elle a ensuite échangé avec eux pour qu’ils puissent réagir et exprimer leur ressenti. 

 M. Lazare Ponticelli était le dernier poilu des Français de 14-18, et également le doyen des légionnaires.
 Issu d’une famille modeste, il naquit en Italie du Nord le 7 décembre 1897 et il fut élevé par son père, tandis que sa mère était partie avec ses deux frères en France. Son père décéda, alors qu’il était âgé de six ans seulement. Il se retrouva livré à lui-même durant plusieurs jours, et il fut recueilli par des fermiers. Jusqu’à ses neuf ans, il travailla pour se nourrir et pour pouvoir partir d’Italie. Après avoir mis suffisamment d’argent de côté, il s’acheta des vêtements et se fabriqua des sabots. Il marcha quarante kilomètres, seul, pieds nus, pour parvenir en France où il prit le train au milieu du bétail jusqu’à la gare de Lyon. Une fois arrivé, il s’assit sur un banc et y resta trois jours. L’enfant ne connaissait pas la langue française. Tout ce qu’il savait, c’était un nom : « Colombo ». Par chance, un bagagiste discuta avec lui. Ce dernier répétait inlassablement : « Colombo, Colombo, Colombo » dans l’espoir d’être compris. L’employé saisit et l’emmena jusqu’à l’hôtel de M. et Mme Colombo. Lazare Ponticelli vécut quelques années chez ce couple d’italiens, et en autodidacte il apprit à parler, lire et écrire en français . Il devint vendeur de journaux, puis ramoneur.
 Pendant la guerre de 1914-1918, Lazare Ponticelli avait quinze ans. Il voulait se battre pour la France, or il n’avait ni papiers ni l’âge requis. Il s’engagea alors à la Légion Étrangère, où l’on ne posait pas beaucoup de questions, il mentit sur son âge avec l’intention de s’enrôler dans un régiment pour combattre à la guerre. Il fut démobilisé en vue de rejoindre l’armée italienne. Reconnaissant envers le pays qui l’avait accueilli, il refusa de quitter l’uniforme français, mais il fut introduit de force dans un régiment italien, les « Alpini ».
 Durant la première guerre mondiale, il occupa le poste de mitrailleur. Il vit des gens mourir, il en tua d’autres. Un jour, au cours d’une bataille dans les tranchées, un militaire allemand se tordait de douleurs à terre, il avait la jambe criblée de balles. Lazare Ponticelli brandit un drapeau blanc, les allemands firent de même et il sortit des tranchées. Il porta secours à ce blessé en le traînant jusqu’au camp ennemi. Ce guerrier allongé sur la civière, et père de quatre enfants, le remercia de lui avoir sauvé la vie . Cet acte d’amour, d’héroïsme et de générosité fut très important pour lui : il avait agi ainsi, parce que ce soldat n’était pas un ennemi, mais un être humain avant tout. Bien sûr, il fut fait prisonnier.
 A la première guerre mondiale, soixante cinq millions de personnes furent mobilisées. Notre poilu participa à trois grandes batailles, celle de Verdun, celle de l’Argonne et celle du chemin des dames. Il fut blessé par un éclat d’obus à la joue et au crâne. Il n’oublia jamais ses vertus : la vaillance, la fierté, la tolérance, et surtout le respect. Il se servit de son expérience acquise sur les champs de batailles pour transmettre à sa propre famille ses valeurs. 
 En 1921, il fonda avec ses deux frères l’entreprise Ponticelli Frères, une société de fumisterie qui existe encore actuellement.
 
 L. Ponticelli obtint la nationalité française. Il ne put pas combattre lors de la seconde guerre mondiale, vu son âge. En revanche, il s’engagea dans la résistance. Les Allemands le réquisitionnèrent pour effectuer du travail forcé : la journée il travaillait comme un bon petit soldat obéissant, et la nuit il mettait le feu aux armes, aux campements et déviait des cargaisons d’armes.
 Il mourut le 12 Mars 2008 à l’âge de cent dix ans, à Sausset-les-Pins, après avoir été fait Chevalier de la Légion d’Honneur, Commendatore dell’Ordine « Al Merito della Repubblica Italiana », Chevalier de l’Ordre de Vittorio Veneto, et après avoir reçu la Croix de Guerre 1915-1918. Par humilité, il refusa d’être enterré au Panthéon et ne voulut pas d’obsèques nationales. Cependant, le président M. Nicolas Sarkozy souhaita honorer ce soldat en organisant des obsèques nationales avec les plus hautes autorités de l’Etat. Lors de cette cérémonie, M. Max Gallo prononça un éloge funèbre à la mémoire de « cet homme de paix, modeste et héroïque [..]. Italien de naissance et Français de préférence. »

 Ainsi M. Lazare Ponticelli, qui avait pour devise : « Union, travail, sagesse », fut un homme d’exception. En effet, il s’était fait tout seul et, en partant de rien, avait su arriver très loin.

 C’est par devoir de mémoire et par devoir de transmission que Mme Corte a relaté des moments tragiques de l’Histoire en étayant les faits avec des anecdotes captivantes. Elle a su délivrer aux adolescents le message primordial de son grand-père : « Il ne faut pas oublier, mais il faut savoir pardonner ». De plus, elle a ajouté que nous devons aujourd’hui être vigilants afin de ne pas reproduire les erreurs du passé et être tolérants, comme se plaisait à répéter M. Ponticelli lui-même : « Les notions les plus importantes sont le respect et la tolérance : que tu sois riche ou pauvre, blanc ou noir, quand tu te coupes, ton sang est rouge, comme tout le monde. ».

Aussi les collègiens remercient-ils vivement Mme Corte pour ce vibrant hommage si touchant et si instructif : ils ont conscience de l’immense chance et du privilège qu’ils ont eus.

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